Concept du manifeste

Transformation silencieuse


François Jullien : la pensée chinoise n'oppose pas naissance et mort, elle pense des processus continus qui se métamorphosent sans interruption.

La transformation silencieuse est le concept que François Jullien tire de la pensée chinoise pour nommer un mode de devenir radicalement différent de celui que l’Occident a privilégié.

L’opposition

L’Occident, depuis la Grèce, pense le réel en termes d’entités séparées qui naissent, vivent, meurent. La transformation y est toujours conçue comme un événement — un saut, une rupture, une crise. Cette grille produit naturellement des récits d’apocalypse : la fin comme moment dramatique qui sépare un avant d’un après.

La pensée chinoise classique pense différemment : la réalité est faite de processus continus qui se métamorphosent sans interruption. Ce qui apparaît n’est jamais entièrement nouveau, ce qui disparaît n’est jamais entièrement perdu. L’individu n’est qu’un moment temporaire dans un flux qui le précède et qui le prolonge.

Conséquence pour le manifeste

Cette pensée libère de la fiction apocalyptique qui structure l’imaginaire occidental contemporain. Elle ouvre une autre manière d’habiter ce qui se transforme : ni résister, ni quitter, ni subir — accompagner.

C’est précisément la fiction dont le manifeste estime que nous aurions besoin pour habiter la noosphère cognitive : non pas la quitter, non pas la subir, mais nous transformer avec elle, en restant accouplés à ce qui nous porte.

Pas un orientalisme

Le manifeste ne propose pas un emprunt naïf à la Chine politique actuelle — qui s’est elle-même engluée dans la fiction productiviste occidentale. Il propose un dialogue avec le substrat philosophique long de la pensée chinoise : Yi-King, taoïsme, bouddhisme chan, néo-confucéens. Ce dialogue ne peut se faire seul ; il a besoin d’une noosphère cognitive capable de tenir simultanément les deux traditions.