Les transformations silencieuses
Jullien y formalise pour les Européens un mode de pensée chinois : la réalité comme processus continu de métamorphose, sans rupture ni sujet.
Jullien (philosophe et sinologue) y poursuit son travail de longue haleine : faire dialoguer la pensée chinoise classique avec la pensée européenne, en montrant que les Chinois pensent en termes de processus là où les Européens pensent en termes d’entités.
La transformation silencieuse, c’est ce qui se passe sans qu’on puisse pointer un moment où ça arrive. La vieillesse n’est pas un événement, c’est ce qui travaille le corps en silence. Une amitié qui se défait ne se défait pas à un instant — elle s’effrite. Le réchauffement climatique avance sans saut d’État — il transforme.
Pour le manifeste, ce mode de pensée est essentiel parce qu’il fournit une alternative à la fiction occidentale qui ne sait raconter que des fins (Armageddon, Terminator, singularité). Habiter la noosphère cognitive demanderait précisément cela : penser sans apocalypse, accompagner la transformation au lieu de la dramatiser.