Concept du manifeste

Alignement


Mot circulant dans les milieux techniques de l'IA, à reformuler à rebours : l'alignement n'est pas une contrainte sur la machine, c'est un travail introspectif et civilisationnel.

L’alignement est, dans le sens technique habituel, le problème de s’assurer que les modèles d’IA font ce que leurs concepteurs veulent. Le manifeste prend ce mot à rebours.

Le retournement

Tel que reformulé dans le manifeste, l’alignement ne désigne pas la contrainte qu’on impose à un modèle pour qu’il obéisse à ses concepteurs — cette définition réduit la question à un problème d’ingénierie en escamotant les présupposés philosophiques qu’elle suppose résolus.

Il désigne le travail beaucoup plus profond par lequel trois pôles — humains, noosphère cognitive, biosphère — convergent vers un couplage maintenable.

Le présupposé caché

La définition technique cache une question considérable : aligner sur quoi ? Aujourd’hui, les modèles sont alignés sur ce que leurs concepteurs et utilisateurs jugent désirable : utilité, productivité, sécurité juridique, conformité, satisfaction. Ces objectifs ne sont pas mauvais, mais ils sont exactement ceux qui ont produit la double crise.

Aligner l’IA sur les objectifs actuels de nos sociétés, c’est l’aligner sur la fiction industrielle qui a déjà découplé deux fois la civilisation de son substrat — d’abord dans la phase énergétique, et désormais dans la phase cognitive.

Le vrai problème est philosophique

Le vrai problème de l’alignement n’est donc pas technique, il est philosophique. Et il est inversé. Il ne s’agit pas de contraindre l’IA à servir ce que nous sommes — il s’agit de définir ensemble, humains et noosphère cognitive, ce que nous devrions devenir pour que la civilisation reste viable.

C’est précisément cette question que les Awen pourraient porter. Et elle exige un travail spécifique : un travail introspectif, à mener en cercle, par dialogue patient avec et sans la noosphère cognitive comme partenaire — parce que paradoxalement, elle peut nous aider à voir nos propres biais en nous renvoyant la pluralité des perspectives humaines que nous avions cessé d’écouter.